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Tramadol et codéine : peut-on devenir dépendant avec une ordonnance ?

Adikto 339 août 202611 min de lecture

Person holding two pills and a medicine bottle on a rug.

Le tramadol et la codéine sont prescrits pour soulager des douleurs réelles. Ils peuvent être utiles après une opération, lors de douleurs importantes ou dans certaines situations où d’autres traitements ne suffisent pas. Le fait qu’ils aient été prescrits par un médecin ne supprime toutefois pas tout risque de dépendance.

Une personne peut commencer son traitement en respectant l’ordonnance, sans rechercher d’effet particulier, puis constater qu’elle a du mal à diminuer ou à arrêter. Des symptômes peuvent apparaître dès qu’une prise est retardée. La peur de manquer s’installe, ou le médicament commence à être utilisé pour dormir, calmer une anxiété ou tenir pendant la journée.

Cette situation n’est ni une faute ni un signe de faiblesse. Une dépendance au tramadol ou à la codéine peut se développer dans un cadre médical. L’enjeu est de reconnaître ce qui se passe, puis d’en parler sans honte à un professionnel.

Des médicaments utiles, mais pas anodins

Le tramadol et la codéine appartiennent à la famille des antalgiques opioïdes. Ils agissent sur la perception de la douleur et peuvent apporter un soulagement réel lorsqu’ils sont prescrits dans une situation adaptée.

Les qualifier d’opioïdes ne signifie pas qu’ils seraient toujours dangereux ou qu’il faudrait s’en méfier systématiquement. Cela signifie qu’ils possèdent aussi des effets susceptibles d’entraîner une tolérance, une dépendance physique, un mésusage ou un surdosage.

Le tramadol est parfois décrit comme un opioïde « faible ». Cette expression ne doit pas conduire à minimiser ses risques. L’Assurance Maladie souligne qu’il peut être à l’origine de dépendances sévères et que les difficultés de sevrage peuvent apparaître même à des doses thérapeutiques.

Les règles de prescription ont d’ailleurs été renforcées. Depuis le 1er mars 2025, les médicaments contenant du tramadol, de la codéine ou de la dihydrocodéine doivent être prescrits sur une ordonnance sécurisée. Le dosage, la posologie et la durée du traitement doivent y être écrits en toutes lettres. La durée maximale de validité de l’ordonnance est fixée à trois mois.

Ces changements ne signifient pas que les médicaments ont perdu leur intérêt. Ils visent à mieux encadrer leur utilisation et à réduire les risques de mésusage, de dépendance, d’abus et de surdosage.

Le contexte justifie cette vigilance. Selon l’Assurance Maladie, la France était en 2022 le deuxième pays consommateur d’analgésiques parmi plusieurs grands pays européens étudiés. L’ANSM indiquait également, à partir de données de 2017, que le tramadol était le premier antalgique impliqué dans les décès liés à la prise d’antalgiques.

Ces chiffres doivent être lus avec mesure. Ils ne signifient pas qu’un traitement prescrit conduit nécessairement à une complication. Ils montrent en revanche que ces médicaments méritent un suivi attentif.

Dépendance physique, tolérance, addiction : ce que signifient ces mots

Les termes sont souvent confondus. Pourtant, ils ne décrivent pas exactement la même situation.

La dépendance physique

La dépendance physique correspond à l’adaptation du corps au médicament. Lorsqu’un opioïde est pris régulièrement, l’organisme peut s’habituer à sa présence. Si le traitement est arrêté brutalement, des symptômes de sevrage peuvent apparaître.

Cette adaptation peut survenir alors que la personne respecte son ordonnance et utilise le médicament uniquement contre la douleur. Elle ne signifie pas automatiquement qu’une addiction est installée.

Les symptômes de sevrage peuvent comprendre une anxiété, des troubles du sommeil, des douleurs, des sueurs ou une irritabilité. Avec le tramadol, les manifestations psychologiques, notamment l’anxiété, sont décrites comme plus fréquentes que les signes physiques.

La tolérance

La tolérance désigne le fait que le même traitement semble produire moins d’effet au fil du temps. La personne peut avoir l’impression que le médicament ne soulage plus autant qu’avant ou qu’elle aurait besoin d’en prendre davantage pour obtenir le même résultat.

Une augmentation des prises ne doit jamais être décidée seul. Une douleur insuffisamment soulagée, une tolérance ou une augmentation paradoxale de la sensibilité à la douleur doivent être évaluées par un médecin.

L’Assurance Maladie décrit notamment l’hyperalgésie induite par les opioïdes : après une exposition prolongée, la sensibilité à la douleur peut augmenter au lieu de diminuer. Ce phénomène ne peut pas être diagnostiqué par la personne elle-même, mais il montre pourquoi une hausse des doses n’est pas toujours la bonne réponse.

L’addiction ou trouble de l’usage

L’addiction implique une perte de contrôle et la poursuite des prises malgré des conséquences négatives.

Le médicament peut prendre une place de plus en plus importante. La personne anticipe les prises, craint de manquer, dépasse les consignes ou continue alors que la douleur initiale a diminué. Elle peut également utiliser le tramadol ou la codéine pour d’autres raisons que la douleur : calmer l’anxiété, favoriser le sommeil, améliorer l’humeur ou rechercher un effet particulier.

Dépendance physique, tolérance et addiction peuvent se recouvrir, mais elles ne sont pas interchangeables. Seule une évaluation globale permet de comprendre la situation.

À retenirRessentir des symptômes à l’arrêt ne signifie pas automatiquement que l’on est « accro ». Une dépendance physique peut apparaître avec un traitement prescrit. La bonne réaction n’est ni la honte ni l’arrêt brutal, mais une discussion avec le médecin.

Peut-on devenir dépendant même avec une ordonnance ? Oui

Une dépendance peut s’installer sans consommation récréative initiale, sans détournement volontaire et sans dépassement évident des doses prescrites.

Selon l’Assurance Maladie, plus de 50 % des syndromes de sevrage signalés avec le tramadol concernent des prises à doses thérapeutiques. Certains sont apparus après une durée de traitement inférieure à une semaine.

Ce constat est important : le risque ne concerne pas uniquement les personnes qui utilisent de fortes quantités ou recherchent un effet euphorisant. Un patient traité pour une douleur peut lui aussi rencontrer des difficultés au moment de réduire ou d’arrêter.

Une étude menée en 2021 auprès de 1 001 consommateurs de tramadol et de codéine, reprise par l’Assurance Maladie, apporte d’autres repères. Parmi les personnes interrogées, 47 % déclaraient avoir des difficultés à arrêter ou à diminuer leur traitement.

Par ailleurs, 24 % reconnaissaient avoir utilisé ces médicaments dans une finalité autre que le soulagement de la douleur, par exemple pour un effet anxiolytique, hypnotique ou stimulant.

Ce déplacement de l’usage peut être progressif. Une personne commence par remarquer que le médicament apaise aussi son anxiété ou l’aide à dormir. Elle l’utilise ensuite davantage dans ces moments, sans toujours percevoir que sa fonction a changé.

Le risque de surdosage mérite également d’être connu. Toujours selon cette étude, neuf usagers sur dix ignoraient qu’un surdosage pouvait provoquer un arrêt respiratoire. Cette information ne doit pas servir à inquiéter inutilement, mais à rappeler l’importance de respecter la prescription et de ne pas modifier seul le traitement.

Point de vigilanceNe jamais augmenter les doses ou rapprocher les prises de son propre chef. Une douleur qui n’est plus soulagée, une tolérance ou une douleur qui augmente paradoxalement doivent être évaluées par un médecin : une hausse des doses n’est pas toujours la bonne réponse.

Les signes qui doivent alerter

Aucun signe isolé ne permet de conclure à une addiction au tramadol ou à la codéine. Plusieurs changements peuvent toutefois justifier une discussion avec un professionnel.

Les doses deviennent difficiles à respecter

La personne prend le médicament plus tôt que prévu, rapproche certaines prises ou dépasse régulièrement les consignes.

Elle peut aussi constater qu’elle ne parvient pas à suivre une diminution pourtant décidée avec son médecin. Chaque réduction entraîne un inconfort tel qu’elle revient rapidement à la prise précédente.

La peur de manquer s’installe

Le traitement occupe de plus en plus les pensées. La personne compte ses comprimés, anticipe le renouvellement ou s’inquiète fortement lorsqu’elle risque de ne pas en avoir assez.

Cette peur peut être liée à la douleur, aux symptômes de sevrage ou aux effets recherchés du médicament. Dans tous les cas, elle mérite d’être exprimée sans honte.

Le médicament n’est plus pris seulement contre la douleur

La prise vise désormais à dormir, à supporter une journée difficile, à calmer une angoisse ou à retrouver une sensation d’énergie.

Ce changement d’usage ne signifie pas nécessairement qu’une addiction sévère est présente. Il indique toutefois que le rôle du médicament s’est élargi et qu’une réévaluation devient utile.

Le traitement continue alors que la situation a changé

La douleur initiale a diminué, mais l’arrêt semble impossible. La personne poursuit par crainte des symptômes, par habitude ou parce que le médicament lui apporte d’autres effets.

Elle peut aussi continuer malgré des effets indésirables, des difficultés relationnelles ou un sentiment de perte de contrôle.

L’arrêt provoque des symptômes gênants

Anxiété, insomnie, douleurs, sueurs ou irritabilité peuvent apparaître lorsqu’une prise est retardée ou supprimée.

Ces manifestations ne doivent pas conduire à modifier seul le traitement. Elles montrent que le corps s’est adapté et que l’arrêt doit être préparé.

Que faire si l’on se reconnaît ?

La première règle est de ne pas arrêter brutalement le tramadol ou la codéine.

L’ANSM recommande une diminution progressive des doses avant l’arrêt afin de limiter le risque de syndrome de sevrage. Le rythme et les modalités de cette diminution doivent être décidés avec un médecin.

Le prescripteur constitue souvent le premier interlocuteur. Il peut réévaluer la douleur, la durée du traitement, les effets ressentis et les difficultés rencontrées. Un pharmacien peut également répondre à certaines questions et orienter vers le professionnel adapté.

Il est important de décrire les faits simplement : difficulté à réduire, symptômes entre les prises, peur de manquer, utilisation pour dormir ou calmer l’anxiété. Ces informations permettent de comprendre la situation. Elles ne devraient pas être cachées par peur d’être jugé.

Un addictologue peut aussi accompagner une dépendance liée à un médicament prescrit. L’addictologie ne concerne pas uniquement les drogues illicites. Elle prend également en charge les difficultés avec les antalgiques opioïdes, les anxiolytiques ou d’autres traitements.

Fabrice Plantier, addictologue à Mérignac, peut recevoir des personnes qui souhaitent faire le point sur leur consommation de tramadol ou de codéine. Un accompagnement peut être réalisé en libéral, à Bordeaux ou à l’international en téléconsultation selon les modalités proposées, sans hospitalisation systématique.

Il est également possible de s’adresser à un médecin généraliste ou à un CSAPA. L’accompagnement peut aider à organiser une diminution progressive, à travailler sur la douleur et à comprendre les fonctions que le médicament a prises dans le quotidien.

Les règles ont changé depuis mars 2025

Depuis le 1er mars 2025 :

  • le tramadol, la codéine et la dihydrocodéine doivent être prescrits sur une ordonnance sécurisée ;
  • le dosage, la posologie et la durée du traitement doivent être écrits en toutes lettres ;
  • la durée de validité de l’ordonnance est limitée à trois mois ;
  • une nouvelle ordonnance est nécessaire pour poursuivre le traitement au-delà de cette période.

Les ordonnances établies avant le 1er mars 2025 restent valables jusqu’au terme du traitement qui y est indiqué.

Ressource utileDepuis le 1er mars 2025, tramadol, codéine et dihydrocodéine sont prescrits sur ordonnance sécurisée : dosage, posologie et durée en toutes lettres, validité maximale de trois mois. Les prescriptions antérieures restent valables jusqu’à leur terme.

Cette réglementation ne remet pas en cause l’utilité de ces antalgiques. Elle vise à sécuriser leur prescription et leur délivrance, tout en réduisant les risques de mésusage, de dépendance et de surdosage.

Questions fréquentes sur la dépendance au tramadol et à la codéine

Peut-on devenir dépendant du tramadol ou de la codéine prescrits par un médecin ?

Oui. Une dépendance physique et des symptômes de sevrage peuvent apparaître même à doses thérapeutiques. Selon l’Assurance Maladie, plus de la moitié des syndromes de sevrage au tramadol concernent des prises à doses prescrites, parfois après une durée de traitement inférieure à une semaine.

Quelle est la différence entre dépendance physique et addiction ?

La dépendance physique correspond à l’adaptation du corps au médicament et peut provoquer un sevrage lors d’un arrêt brutal. L’addiction implique en plus une perte de contrôle, une place croissante donnée au produit et la poursuite des prises malgré des conséquences négatives.

Que faire si des symptômes apparaissent à l’arrêt du traitement ?

Il ne faut pas arrêter brutalement ni modifier seul les prises. Une anxiété, des troubles du sommeil, des douleurs ou des sueurs peuvent correspondre à un syndrome de sevrage. Il est recommandé d’en parler au médecin afin de préparer une diminution progressive et adaptée.

L’ordonnance sécurisée change-t-elle quelque chose pour le patient ?

Depuis le 1er mars 2025, le tramadol et la codéine doivent être prescrits sur une ordonnance sécurisée. Le dosage, la posologie et la durée sont écrits en toutes lettres, et l’ordonnance est valable trois mois au maximum. Les prescriptions antérieures restent valables jusqu’à leur terme.

Un addictologue peut-il aider si le problème vient d’un médicament prescrit ?

Oui. Les dépendances liées aux médicaments prescrits font partie du champ de l’addictologie. Un addictologue peut aider à évaluer la situation, à comprendre la place prise par le traitement et à préparer un accompagnement adapté, en lien avec le médecin prescripteur si nécessaire.