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Les étapes du changement (Prochaska et DiClemente) : pourquoi on ne se décide pas en un jour

Fabrice Plantier20 septembre 20264 min de lecture

Schéma circulaire illustrant les 5 étapes du modèle de changement de Prochaska et DiClemente pour la gestion du comportement.

Le modèle en une phrase

Dans les années 1980, les psychologues américains James Prochaska et Carlo DiClemente ont proposé un modèle devenu une référence en accompagnement du changement : le modèle transthéorique du changement. Son idée centrale tient en une phrase : on ne change pas un comportement d'un coup, par une seule décision, mais en traversant une série d'étapes successives — et il est normal d'y revenir plusieurs fois avant que le changement tienne.

Les étapes, une à une...

  • Précontemplation : la personne n'a pas encore identifié de problème, ou ne se sent pas concernée. Ce n'est pas du déni au sens moral — souvent, le comportement rend encore un service réel, et le coût n'est pas encore ressenti comme supérieur au bénéfice.
  • Contemplation : le doute s'installe. On envisage de changer, mais on est ambivalent — les bonnes raisons de continuer et les bonnes raisons d'arrêter coexistent, parfois pendant longtemps.
  • Préparation : la décision est prise dans son principe, mais pas encore mise en œuvre. On commence à chercher des informations, à envisager des options concrètes.
  • Action : le changement est engagé activement — on modifie effectivement son comportement.
  • Maintien : la nouvelle habitude se consolide dans la durée, avec une vigilance qui reste nécessaire face aux situations à risque.

Repère. Ces étapes ne sont pas un escalier qu'on gravit une fois pour toutes. On peut avancer, reculer, stagner à une étape pendant des mois — c'est le fonctionnement normal du modèle, pas une anomalie.

La rechute, une étape possible du cycle — pas un échec

C'est sans doute l'apport le plus utile du modèle : la rechute y est décrite comme un moment possible du cycle, pas comme sa fin. Une personne qui rechute après une phase d'action ne « repart pas de zéro » au sens strict — elle revient généralement à une étape de contemplation ou de préparation, avec une expérience en plus, pas en moins. Ce cadre change concrètement la façon d'aborder un « échec » : moins comme une preuve d'incapacité, plus comme une information sur ce qui doit encore être ajusté.

Pourquoi ce modèle change le regard qu'on porte sur soi ou sur un proche

Pour la personne elle-même, comprendre à quelle étape elle se trouve permet de ne pas se juger avec les critères d'une étape qui n'est pas encore la sienne — on ne peut pas « passer à l'action » avant d'être prêt, et ce n'est pas un manque de volonté. Pour l'entourage, le modèle aide à comprendre pourquoi l'impatience ou la pression ne font souvent qu'accélérer un mouvement de rejet : on ne fait pas franchir une étape à quelqu'un de l'extérieur, on peut seulement rendre le passage plus facile quand la personne y est prête.

Point de vigilance. Ce modèle est un repère utile, pas un outil de diagnostic ni un calendrier. Il ne permet pas de prédire combien de temps une étape va durer pour une personne donnée.

Les limites du modèle

Le modèle transthéorique simplifie un processus en réalité plus complexe et non linéaire. Il ne remplace pas une évaluation individuelle, ne prédit pas le parcours d'une personne précise, et ne doit pas être utilisé pour étiqueter quelqu'un (« il est encore en précontemplation ») de façon définitive ou moralisatrice.

Comment un professionnel s'appuie dessus

Un addictologue utilise souvent ce repère pour adapter son approche à l'étape réelle de la personne, plutôt que de proposer la même chose à tout le monde : on ne travaille pas de la même façon avec quelqu'un en contemplation, encore ambivalent, et quelqu'un en phase d'action. Ce travail d'ajustement fait partie de l'accompagnement en addictologie.

Questions fréquentes

Faut-il passer par toutes les étapes dans l'ordre ?

Le modèle décrit un cycle plutôt qu'une ligne droite : on peut revenir à une étape antérieure plusieurs fois avant qu'un changement tienne durablement. Ce n'est ni un échec ni une anomalie.

Combien de temps dure chaque étape ?

Il n'y a pas de durée universelle : cela dépend de chaque personne, de sa situation et de ce qu'elle traverse. Le modèle ne fixe aucun calendrier.

Une rechute veut-elle dire qu'il faut tout recommencer ?

Non. Une rechute ramène généralement à une étape antérieure du cycle (souvent contemplation ou préparation), avec l'expérience acquise en plus — pas un retour à la case départ.

Ce modèle s'applique-t-il à toutes les addictions ?

Il a été conçu de façon générale pour le changement de comportement, et s'applique aussi bien aux addictions avec substance qu'aux addictions comportementales.

Cet article a un objectif d'information générale et ne remplace pas un avis médical individuel. Urgence : 15 ou 112 · Détresse psychique : 3114 · Drogues Info Service : 0 800 23 13 13.