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Prégabaline : quand un médicament prescrit devient une dépendance

Fabrice Plantier14 octobre 20266 min de lecture

Une femme épuisée et somnolente assise dans un lit entourée de médicaments et de comprimes de prégabaline.

On vous l'a prescrite pour une douleur qui ne passait pas, pour une anxiété envahissante, parfois pour de l'épilepsie. Au début, la prégabaline a soulagé. Puis un jour, vous vous surprenez à guetter l'heure de la prise, à demander une ordonnance plus tôt que prévu, ou à avoir peur d'en manquer. Ce glissement est plus fréquent qu'on ne le croit, et il n'a rien d'une faiblesse : il fait partie des risques connus de ce médicament.

Qu'est-ce que la prégabaline ?

La prégabaline est un médicament utilisé, selon les indications, dans les douleurs neuropathiques (douleurs liées à une atteinte des nerfs), certaines formes d'épilepsie en association à d'autres traitements, et, selon les pays, l'anxiété généralisée. Elle agit sur le système nerveux en réduisant l'excitabilité de certains neurones. Elle est commercialisée sous plusieurs noms, dont Lyrica, et existe en version générique.

Prise comme prescrite, sous suivi médical, elle rend service à de nombreuses personnes. Ce n'est pas elle, en soi, qui est « mauvaise » : c'est la manière dont elle peut être utilisée, parfois en dehors des indications, qui pose question.

Pourquoi parle-t-on de dépendance ?

Les autorités de santé en Europe et en France, dont l'ANSM, ont alerté sur les risques d'abus, de mésusage et de dépendance associés à la prégabaline, ce qui a conduit à un encadrement plus strict de sa prescription. Ces signaux sont suivis par les centres d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance (CEIP-A), qui recueillent les cas rapportés.

Chez certaines personnes, la prégabaline procure, en plus de l'effet attendu, une impression de détente, de calme, parfois d'euphorie légère. C'est cet effet qui peut pousser à en reprendre, à augmenter, ou à la rechercher pour elle-même. Plusieurs situations favorisent le glissement :

  • un passé d'addiction à l'alcool, aux opioïdes, aux benzodiazépines ou à d'autres produits ;
  • un mal-être psychique (anxiété, dépression, insomnie) que le médicament apaise sans que l'origine soit traitée ;
  • une douleur chronique durablement mal soulagée ;
  • un usage détourné, hors prescription, en soirée ou pour « tenir ».

Ce mécanisme ressemble à celui décrit pour d'autres traitements : nos articles sur les benzodiazépines et somnifères et sur le tramadol et la codéine montrent comment une ordonnance peut, sans que personne ne l'ait voulu, ouvrir sur une dépendance.

Les signes qui doivent alerter

Ils ne suffisent pas à poser un diagnostic, mais méritent d'en parler :

  • prendre plus que ce qui est prescrit, ou plus souvent ;
  • demander des renouvellements précoces, ou chercher le médicament ailleurs ;
  • avoir peur d'en manquer, y penser souvent ;
  • ressentir un malaise (anxiété, agitation, insomnie, sueurs) quand une prise est retardée ;
  • chercher à retrouver l'effet de détente plutôt que le soulagement de la douleur ;
  • être somnolent, ralenti, confus, ou avoir des trous de mémoire ;
  • continuer malgré les conséquences : chutes, accidents, tensions avec les proches, travail affecté.

Les mélanges : le vrai danger

Le risque le plus sérieux concerne les associations. La prégabaline est un dépresseur du système nerveux central : combinée à d'autres produits qui ralentissent le cerveau, ses effets peuvent s'additionner et devenir dangereux.

  • Avec les opioïdes (morphine, tramadol, codéine, méthadone, héroïne) : risque de somnolence profonde, de ralentissement de la respiration et de perte de connaissance. Les autorités sanitaires ont mis en garde contre cette association.
  • Avec l'alcool : sédation et troubles de la coordination amplifiés, accidents, chutes.
  • Avec les benzodiazépines et autres sédatifs : même logique d'addition des effets.
  • Avec le cannabis ou d'autres drogues : somnolence, confusion, comportements à risque.
UrgenceSomnolence extrême impossible à réveiller, respiration lente ou irrégulière, lèvres bleutées, confusion importante, convulsions ou perte de connaissance : appelez le 15 ou le 112 sans attendre, et dites quels produits ont été pris. Mettez la personne en position latérale de sécurité si elle est inconsciente mais respire, et ne la laissez pas seule. En cas de détresse psychique ou d'idées suicidaires, le 3114 (numéro national français de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24) répond.

Arrêter : pas du jour au lendemain, pas seul

Après une prise régulière, l'organisme s'adapte. Un arrêt brutal peut provoquer un syndrome de sevrage : anxiété, insomnie, nausées, sueurs, tremblements, irritabilité, et, dans certains cas, des convulsions. Pour cette raison, ne modifiez jamais seule ou seul la dose ni ne stoppez d'un coup sans avis médical. Un arrêt progressif, encadré par le médecin, permet de limiter les symptômes et de repérer ce que le médicament apaisait.

Quelques principes pour avancer :

  1. Parler franchement à votre médecin de ce que vous prenez et de la façon dont vous le prenez. Il n'est pas là pour vous juger : c'est une information clinique.
  2. Ne pas cacher les autres produits : alcool, cannabis, médicaments en vente libre. Ils comptent dans l'évaluation des risques.
  3. Faire le point sur la douleur ou l'anxiété de départ : d'autres approches, médicamenteuses ou non, peuvent exister.
  4. Prévoir un accompagnement : suivi médical, soutien psychologique, parfois consultation d'un addictologue qui évalue l'ensemble de la situation.
  5. Se donner du temps : le changement passe par des étapes, avec des retours en arrière. Nos repères sur les étapes du changement aident à comprendre pourquoi.

Quand la prégabaline masquait une anxiété, une dépression ou un traumatisme, il est important de traiter ces difficultés en parallèle. Notre article sur addiction et troubles psychiatriques explique pourquoi les deux se tiennent souvent.

À retenirLa prégabaline soulage de vraies douleurs, mais elle peut aussi entraîner abus et dépendance, surtout chez les personnes avec un passé d'addiction. Le danger majeur vient des mélanges avec les opioïdes, l'alcool ou les sédatifs. Ne l'arrêtez pas brutalement : parlez-en à votre médecin.

Pour aller plus loin

Foire aux questions sur la prégabaline

La prégabaline rend-elle dépendant même sur ordonnance ?

Oui, un risque de dépendance existe, y compris avec une prescription, surtout chez les personnes ayant un antécédent d'addiction ou prenant le médicament pour ses effets de détente. C'est pourquoi les autorités de santé ont renforcé l'encadrement de sa prescription. Le risque se discute avec le médecin dès le départ.

Peut-on arrêter la prégabaline d'un coup ?

Non, ce n'est pas recommandé. Un arrêt brutal peut provoquer anxiété, insomnie, nausées, sueurs et, dans certains cas, des convulsions. La diminution doit être progressive et décidée avec le médecin.

Pourquoi est-il dangereux de la mélanger avec de l'alcool ou des opioïdes ?

Parce que ces produits ralentissent tous le système nerveux. Leurs effets s'additionnent : somnolence profonde, ralentissement de la respiration, perte de connaissance. Les mélanges avec les opioïdes sont ceux qui inquiètent le plus les autorités sanitaires.

Que faire si j'ai l'impression d'en avoir besoin plus que prévu ?

Parlez-en à votre médecin sans attendre, sans augmenter seul la dose ni chercher le produit ailleurs. Il pourra réévaluer le traitement, proposer d'autres options pour la douleur ou l'anxiété, et organiser un accompagnement si besoin.

Si vous vous demandez si votre traitement a pris trop de place, ou si vous vous inquiétez pour un proche, vous pouvez prendre rendez-vous pour en parler, sans jugement.